
Les anges-gardiens des "Gorges de l'Ardeche"
Tous les étés, depuis cinq ans, le service départemental
d'incendie et de secours de
l'Ardèche
(S.D.I.S. 07) met en place un dispositif spécial dans les Gorges
de l'Ardèche visant à prévenir des risques et au échéant
intervenir vite et mieux. A la Dent Noire et à Gournier les soldats
du feu n'hésitent pas à se jeter à l'eau pour que la
descente de l'Ardèche ne se transforme pas en calvaire pour les inombrables
touristes qui glissent sur l'eau...
"Excuse-me. My wife is being wounded!" Les yeux paniqués
trahissent une réelle inquiétude. Le touriste allemand montre
déjà sa femme assise dans un canoë rouge en contre-bas.
"keep quiet!" Alain, Julien, Fabien se précipitent vers
la femme. La victime de nationalité allemande, âgée
d'une trentaine d'années esquisse un léger sourire malgré
sa blessure. Son genou en sang a doublé de volume. Le temps de dresser
un premier constat sommaire, Alain Giolbas chef du corps des sapeurs pompiers
de Vallon-Pont-d'Arc, avec sa radio lance un premier message d'alerte. Il
est 11 heures 25. Le bivouac de Gaud sert de relais entre les sapeurs-pompiers
les pieds dans l'eau et le C.O.D.I.S.), centre d'organisation d'intervention
des secours basé dans la Préfecture ardéchoise, Privas.
Moins d'une minute plus tard, les pompiers de Saint-Remèze, le centre
de secours essentiellement sollicité dès qu'un accident se
produit dans les Gorges, est en alerte.
Au bord de l'eau, les trois pompiers s'affairent autour du genou de la blessée
prénommée Anna. Après lui avoir posé une attelle,
elle est installée dans la barque à moteur. Il faut cinq minutes
à peine pour la transporter au poste de secours de Gaud perdu au
fond de l'impressionnant canyon des Gorges de l'Ardèche qui court
sur 30 km. C'est là que vingt minutes plus tard, l'ambulance des
pompiers de saint-Remèze récupérera la blessée.
Il est 12 heures 30, soit à peine plus d'une heure après l'accident.
Anna est entre de bonnes mains auprès du médecin du centre
médical de Vallon-Pont-d'Arc. Elle s'en sortira avec un gros bandage
et une interdiction de faire des efforts durant une dizaine de jours...
"Avant que les points de sécurité ne soient installés
dans les Gorges, la même intervention aurait duré trois heures",
se remémore Alain Giolbas. Les "secourismes aquatiques"
sud-ardéchois réalisent ce type d'intervention tous les jours.
Depuis la terrible année 1993 où tant d'accidents avaient
été à regretter, le S.D.I.S. 07 a décide de
mettre en place le dispositif. Malgré leur bonne volonté les
secours n'arrivaient sur les lieux des accidents que tardivement. C'est
ce triste constat qui a poussé les autorités à se pencher
sur ce problème. Aujourd'hui l' efficacité du dispositif n'est
plus à démontrer. "Les accident ont été
réduits de moitié, constate satisfait Alain Giolbas. Nous
intervenons moins et lorsque nous sommes sollicités c'est pour des
accidents mineurs. Actuellement, notre action, c'est 90% de prévention
pour seulement 10% d'intervention. Il y a eu progressivement une prise de
conscience vitale. Tous les jours, c'est un gros village - 1 000/1 500 personnes
en période normale et plus de 2 000 les jours de grosse affluence
- qui débarque dans les Gorges. Or l'Ardèche n'est pas une
piscine! "Elle est dangereuse, imprévisible." Anna qui
découvrait les Gorges en a fait la cruelle expérience. Grâce
à l'intervention rapide et précise des pompiers de l'eau,
dans quelques semaines, l'accident sera déjà rangé
au rayon des vieux souvenirs.
Ce dispositif est unique en France. De mai à septembre, ils sont
une dizaine de sauveteurs à
se relayer
au fond des Gorges. Alors qu'en mai, juin et septembre le dispositif est
déployé uniquement les week-ends, en juillet et août,
les deux équipes médicalisées sont placées tous
les jours sur les deux rapides les plus dangereux dont celui de la Dent
Noire au nom particulièrement évocateur. Elles sont composées
de jeunes pompiers volontaires tous titulaires du B.N.S.S.A. (brevet national
de surveillance et de secours aquatiques) du diplôme de réanimation,
de A.F.P.S. . Tous sont par ailleurs formés à la conduite
de la barque à moteur et ont été sensibilisés
à l'eau. "Ces jeunes sont sélectionnés selon des
critères très précis. Leurs capacités à
anticiper la réaction des gens en détresse sont déterminantes.
Ils doivent être calmes et parler l'anglais."
Même si le risque de l'eau n'existe pas, tourisme
et sécurité peuvent désormais faire bon ménage
grâce aux compétences et au dévouement des "anges-gardiens"
des Gorges de l'Ardèche.